De nouvelles statistiques sur la déforestation mondiale ont été publiées au début du mois, cette fois-ci dans un rapport rédigé par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Le verdict: depuis l’an 1990, c’est ±5 millions d’hectares de forêt par année qui ont été abattus. Étrangement, l’organisme Global Forest Watch révélait quelques jours auparavant les chiffres d’une étude de l’Université du Maryland et de Google, citant plutôt plus de 18 millions d’hectares de forêt perdus dans la seule année 2014.

Qui dit vrai?

Selon Charles Doumenge, spécialiste en écologie forestière au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), aucune cartographie ne peut être fiable à 100%. Les données utilisées pour ces études qui concernent de grandes superficies émanent très souvent d’échantillonnages, si bien qu’elles sont rarement exhaustives. Pour tenter d’alléger ce travail complexe, on a bien évidemment recours aux images satellites, mais là encore la précision du capteur choisi viendra influencer les résultats. Choisira-t-on d’utiliser les images Landsat (résolution de 30 m) ou encore celles moins précises provenant du capteur MODIS (résolution de 250 m) ?

Suite au choix technologique, encore faut-il s’entendre sur les critères thématiques! Au fait, qu’est-ce qu’une forêt? Pour la FAO, il suffit d’un couvert de végétation couvrant 10% du territoire pour que celui-ci soit considéré forestier. Mais là encore, il faut discuter de la hauteur minimale du couvert et penser à ne pas inclure les palmeraies, ces peuplements de palmiers qui ne sont pas des arbres au sens biologique du terme puisque qu’ils ne sont pas constitués de bois, malgré leur silhouette s’apparentant à celle d’un arbre.

Plusieurs autres critères peuvent avoir une influence sur les résultats d’un tel projet cartographique, notamment la fréquence et le nombre d’images satellites analysées. Il importe donc de bien identifier ces critères lors des études de ce type afin de permettre au public de mieux en saisir les résultats.

Mais manifestement dans ce cas-ci, et ce peu importe les statistiques utilisées pour l’exprimer, le phénomène de la déforestation mondiale doit être considéré comme un enjeu très préoccupant.

 

Région d'Andasibe, à MadagascarLa région d’Andasibe (Madagascar) est elle aussi aux prises
avec une problématique de déforestation.

Crédit photo: Roberto Schmidt / AFP
Source de l’article: Le Monde.fr