Dans sa plus récente thèse réalisée su sein du Laboratoire d’économie urbaine et de l’environnement (LEURE) de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), le chercheur américain Michael Doyle a développé une méthode alliant géologie et économie afin de mieux planifier le développement souterrain des villes. Qui plus est, cette méthode est reproductible pour l’ensemble des villes de la planète.

Les villes ont tendance à s’étendre en surface ou à se densifier en hauteur. Leurs sous-sols, eux, restent souvent méconnus et ignorés des plans d’aménagement du territoire. Les urbanistes ne s’y intéressent donc qu’occasionnellement, lors de la construction d’un métro ou d’un passage souterrain, avec parfois des catastrophes à la clé: inondations souterraines, pollution de sources d’eau potable, conflits d’usages, etc.

Durant quatre ans, Michael Doyle a cartographié les sous-sols de villes aux contextes politiques, économiques et géologiques très différents: San Antonio, au Texas, Hong Kong, en Chine et Dakar, au Sénégal. Pour y parvenir, il s’est servi d’une méthodologie développée à l’EPFL par le géologue et professeur honoraire Aurèle Parriaux: la méthode «Deep City». Celle-ci vulgarise des cartographies géologiques complexes afin d’aider les villes à anticiper leur extension en sous-sol et à protéger les ressources naturelles qui s’y trouvent.

Ces vulgarisations cartographiques doivent surtout permettre aux urbanistes de planifier en amont les constructions les plus cohérentes entre elles tout en protégeant les ressources souterraines: associer, par exemple, un métro à un système de géothermie, anticiper les risques liés à l’infiltration des eaux souterraines ou à leur contamination lors de la construction d’un tunnel ou, encore, recycler les matériaux excavés. «La construction en sous-sol n’offre pas de deuxième chance, contrairement à un bâtiment que l’on peut détruire ou rénover, il est donc essentiel d’anticiper», rappelle Aurèle Parriaux, auteur de la première version de la méthode «Deep City».

En parallèle de l’aspect géologique des villes citées, le chercheur s’est intéressé aux sous-sols de Montréal et à son centre-ville. En particulier, à la contribution de la partie souterraine de la ville au succès économique de ses espaces commerciaux. Dans son étude, Montréal est en effet apparue comme un modèle de réussite: ses axes en sous-sol obtiennent un taux de fréquentation similaire toute l’année, hiver comme été. «Les corridors piétons offrent une vraie complémentarité aux rues en surface, il n’y a donc pas de compétition entre les deux espaces», explique le chercheur, citant une autre étude sur le cas montréalais.

 

Une cartographie du potentiel de développement souterrain des villes

Cartographie du potentiel souterrain de Dakar, Sénégal
Source de l’image: Michael Robert Doyle
D’après l’article de Sandrine Perroud (EPFL)

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Michael Robert Doyle, Potentialities of the Urban Volume: Mapping underground resource potential and deciphering spatial economies and configurations of multi-level urban spaces, Deep City Project, Laboratory of Environmental and Urban Economics (LEURE), advisors Philippe Thalmann, Aurèle Parriaux, EPFL Dissertation 7328, December 2016.
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